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Agnés FAGOO

Après avoir fêté ses 112 ans le 19 décembre 2006, la super centenaire de Bergues s'est éteinte le jeudi 12 avril 2007.

Née le 19 décembre 1894 à Warhem dans les Flandres, Mme Fagoo a accumulé les anniversaires... Doyenne au nord de Paris, elle n'était  jour devancée que par cinq française et était la 45ème au niveau mondial pour sa longévité exceptionnelle.

 Alors, Agnès, bientôt 111 ans ? " (2005)
 

ALORS, Agnès, bientôt "111 ans ? " Philippe Carton, animateur à la maison de famille Saint-Augustin de Bergues, se penche vers le fauteuil où se repose la plus illustre des pensionnaires de l'établissement. Deux yeux clairs se lèvent alors vers lui, puis une voix ferme avec une pointe d'accent flamand répond : " Ah ! c'est dur de perdre les siens. Je ne suis plus bonne à rien. J'aimais bien faire la fête, mais maintenant c'est kaput... "

Elle est comme cela. Agnès Fagoo. À chaque anniversaire, celle qui est aujourd'hui la doyenne au nord de Paris, commence par se lamenter : " Mais qu'est-ce que je fais encore là ? Le bon Dieu m'a oubliée... "

Bien vite, sa nature joyeuse reprend le dessus et on n'a pas besoin de la forcer pour qu'elle se lance dans La Chanson du Reuze, un air de carnaval qu'elle interprète sans aucune hésitation et avec un geste du bras. Il faut dire qu'elle a été à bonne école. N'a-t-elle pas fondé avec son défunt époux les Joyeux Berguois, " une belle petite société ", au début des années vingt ? " Mais tout ça, c'est des vieux souvenirs. "

" Vieux " en effet... Agnès Fagoo, née Coudeville, a vu le jour à Warhem, à une quinzaine de kilomètres de Dunkerque, le 19 décembre 1894. C'est-à-dire onze ans avant la séparation des Églises et de l'État, vingt ans avant la Première Guerre mondiale. À l'époque, quelques inventeurs bricolaient les premières automobiles ou s'efforçaient de faire décoller des aéroplanes...

Une anesthésie il y a deux mois

" Le plus beau jour de ma vie ", comme elle le rappelle souvent, remonte au 2 avril 1921, date de son union avec Paul, un employé de commerce. Le couple s'est installé à Bergues où Agnès Fagoo a exercé la profession de couturière pendant un demi-siècle. En 1979, trois ans après la mort de son mari, elle a rejoint la maison de famille Saint-Augustin.

Les siècles passent, les années défilent, et elle ne cesse d'étonner son entourage. Elle se promène encore dans le couloir, mange seule, range sa vaisselle...

Et pas question de lui imposer quoi que ce soit ! En octobre, victime d'une occlusion intestinal, elle a refusé d'aller se faire opérer à l'hôpital. Après discussion et négociation, elle a fini par accepter de se rendre dans une clinique. L'intervention a été un succès. Ce n'est quand même pas une anesthésie générale à 110 ans et 10 mois qui va venir à bout de ce phénomène.

L. Leys - La Voix du Nord - Décembre 2005

 

Agnès Fagoo, 110 ans, livre ses souvenirs d'enfance  

" À cette époque-là... "

" Mes parents tenaient une quincaillerie à Warhem, en face de l'hospice. À ce moment, les rues ne portaient pas de nom. C'est venu beaucoup plus tard. C'est là que je suis née. Eugénie, la sage-femme, a aidé ma mère à accoucher. "

Ainsi commence " le récit d'enfance et de jeunesse " d'Agnès Fagoo, née Coudeville, qui vient de fêter ses 110 ans. François Fairon, historien public, a recueilli les souvenirs de la pensionnaire de la maison de famille Saint-Augustin de Bergues. Il a enregistré ses propos pendant six après-midi entre novembre 2003 et septembre 2004, puis les a retranscrits selon un ordre chronologique.

Le résultat : un petit livre qui nous parle d'un temps que les moins de 100 ans ne peuvent pas connaître... Agnès Fagoo évoque ses jeunes années, de sa venue au monde à Warhem le 19 décembre 1894 à son installation à Bergues suivie de son mariage avec Paul, le 2 avril 1921, dans son village natal.

L'alerte à coups de clairon

 

C'est tout un monde rural empli de traditions et de solidarité qui retrouve vie grâce à la mémoire précise de la " super centenaire ".

Chez ses parents et sa sœur aînée Madeleine, pas d'électricité pour s'éclairer, mais la lampe à pétrole.

Pas de chèques, encore moins de cartes bancaires dans la boutique, mais un " grand livre noir de comptes " où la mère " notait méticuleusement les sommes des achats à crédit " : " certains fermiers ne payaient qu'à la fin de l'année, à la Saint-Éloi ".

Pas non plus de services de secours comme nous les connaissons : " lorsqu'un incendie se déclarait, un villageois venait avertir mon père en tapant sur le carreau de notre chambre. Mon père se réveillait en sursaut et sortait son clairon pour donner l'alerte, puis il enfilait sa tenue (...) Il se précipitait au local des pompiers à la mairie, en continuant à claironner dans les rues pour réveiller les autres pompiers. "

Agnès Fagoo se souvient de l'importance que tenait la religion : la messe tous les dimanches, l'arrivée d'un nouveau curé comme l'abbé Hameau en 1904, sa communion la même année : " J'ai reçu des chaussures neuves faites par le cordonnier Thur (Arthur) Verriele. "

Elle évoque les heures de classe avec les autres filles. Pas de mixité en ce début de XXe siècle ! Et interdiction de parler flamand : " Nous nous rattrapions à la sortie de l'école et chez nous ", commente-t-elle.

Élève studieuse, suivie par sa mère qui lui faisait réciter ses leçons, elle conserve de bons souvenirs, " notamment des bêtises que je pouvais faire ". Un jour, elle s'est retrouvée dans un fossé, trempée jusqu'à la taille : elle avait voulu vérifier la solidité de la glace dans le but de patiner avec plusieurs filles. Résultat : " une bonne claque " de la part de sa mère qui la décrivait comme "pire qu'un garçon ". " C'est vrai que j'ai toujours été fort espiègle ", raconte-t-elle. À voir son sourire, un siècle plus tard, personne n'en doute...

" Les Chaussures de la communiante ", 35 pages, imprimé par la Presse flamande à Hazebrouck, en vente 8 € à la maison < de famille Saint-Augustin, 27,

L. Leys - La Voix du Nord - Décembre 2005

 

Armoiries Bergues 1914-1918 Bergues 1939-1945
Citations Histoire Personnalités Plans anciens

Mise à jour : dimanche 15 janvier 2012
 

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