Bergues 1908 - Saint Juan les Pins 1974 - Quincaillier en gros avec son frère Charles, il est connu comme un poète du
XXème siècle au style très particulier. La ville lui a dédié sa salle des
fêtes.
Après un premier recueil "A cloche rêve", paru en 1939, il va publier
de nombreuses oeuvres : des pièces de théâtre, mais surout des recueils de
poésies. Il a également écrit de nombreux articles de critiques littéraire
ou artistique et donné des conférences à Paris, Bruxelles, Anvers.
Il reçut le "Grand prix des lettres", le "Prix Verlaine", le "Prix
international de la Genèse"...
La poésie d'Emmanuel Looten
trouve son inspiration dans une imagination impétueuse qui suscite la
création de mots. Son lyrisme cosmique, flamboyant et grandiose trouve ses
racines dans la Flandre. Au total, on lui doit plus de 80 oeuvres diverses
qui furent traduites en japonais, néerlandais, italien...
Ci-dessous trois poèmes d'Emmanuel Looten consacrés à sa ville natale
et à la Flandre qu'il a tant aimée...
Mon Nord est froid, d'un froid de fer.
Nos cieux offerts sont durs
En leur pâleur de tendre porcelaine.
Je vois ces vieux quais morts et leurs canaux herbus
Des pavés, l'orgueil tors de ma cité nouée
En ses murailles souveraines.
Mon pays s'ennoblit de ce qu'il a souffert,
Nul ne sera vainqueur de sa force d'attendre :
Ma Flandre est chaude, comme un coeur.
Toi, Flandre
Je n'en puis plus d'aimer
Ces terres d'humus gras, pétales de ma tourbe,
Horizons éventrés de ces gris violents,
Plaines de tons meurtris,
La douceur feutrée des bois verts d'eau.
Nos plages lacérées du Nord
Aux spasmes effrayés :
O ma charnelle,
O ma charnelle Flandre, béguine de l'humus...
Ce magma délicat aux douceurs flamboyées
Un gris taiseux, bâillon de cendres-ciel.
Je n'en puis plus d'aimer l'infini paysage,
Sauvagerie des vents et de la mer,
Ton cœur brassé de sable, brasé de ces gris pourpre,
O ma Flandre de Ciel !
Ma ville est une joie
Bergues noble Cité, pur symbole de Flandre
Au plein cœur de nos champs si vastement fertiles,
Vents rugueux, tournoyant ces miasmes de marais,
Tempêtes miaulées aux cingles du Beffroi.
Jaillies hors de nos plaines, sur la Mer regagnées,
Ces maisons incurvant le fil calme des pierres.
Tuiles douces, rosies en ces nuances fines,
Epandant en cascade l'équilibre des plans.
Vestiges de mystique, l'Abbaye, tant d'églises,
Monuments survivant aux morsures des guerres ;
Et le cerne rugueux, traçant l'ancienne enceinte
Percée de portes mémorables...
Un soir rouillé évapore ma ville :
Pays du souvenir où les reflets s'allument.
Au soleil frisant d'or, l'agonie des murailles,
Sombre tragiquement en ténèbres de pourpre...
Alors s'endormiront et l'oiseau et la rue,
Gris-argent s'estompait la Nekerstorre étrange...
Ai-je vu par ces ombres aux joies d'un fier Passé,
Ces Reusen fabuleux, déambulé silence...