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Therese VERGRIETE |
Tourisme - Histoire - Personnalités...Thérèse VERGRIETE Une vie consacrée au Patrimoine
C’est l’ambiance studieuse du lieu qui impressionne dès l’abord : une table de travail emplie de livres, de brochures, de documents en tous genres et, toutes proches, les étagères d’un cabinet-bibliothèque où se pressent, en rangs serrés, ouvrages d’histoire, registres d’archives et la collection complète des oeuvres de Thérèse Vergriete... " Voilà mon foutoir ", sourie-t-elle en m’accueillant. Mais un fouillis savamment organisé ! " L’ordinateur que j’ai dans la tête me permet d’y retrouver n’importe quel document dans le quart d’heure ! ". A presque 87 ans*, Thérèse Vergriete est la mémoire de Bergues. " J’ai consacré ma vie au patrimoine. C’est un métier passionnant ", commence-t-elle. Une vocation née des circonstances " Mes parents étaient libraires, au 11 de la rue Nationale. Née dans le bouquin, je mourrai dans le bouquin, c’est l’hérédité ". Un milieu familial très intellectuel, trois frères prêtres ayant fait des études supérieures. Et elle, qui, ayant arrêté ses études au brevet, en 1928, se met à la philo avec l’abbé de Croocq qui l’enseignait en leçons particulières (pas question de mixité à l’époque !). Egalement bibliothécaire de la ville, c’est l’abbé de Croocq qui sera l’instrument du destin - " ou de la Providence ", corrige l’intéressée. " Quand les archives municipales sont revenues à Bergues en 1949, après leur évacuation en 1939 et leur " captivité " dans les caves de la Préfecture de Lille, le Maire a demandé à l’abbé de Croocq s’il saurait lui indiquer quelqu’un de capable de ranger ces archives et d’en refaire l’inventaire ". Il proposa Thérèse Vergriete, qui, aussitôt, se mit à l’ouvrage. " C’était une tâche gigantesque " commente-t-elle. " Rendez-vous compte : 26 tonnes bien pesées ! on m’avait dit : vous en avez pour 8 ans ". En fait, dans un rapport fin 1951, l’archiviste départemental écrit : " le travail fourni par Mlle Vergriete est considérable : le classement des archives anciennes est à peu près terminé ". Il n’empêche qu’elle y perdit 7 kg et y gagna un méchant eczéma au contact de ces liasses infectées de poussière et de moisissures ! Et l’on imagine ce que représentait, au fur et à mesure du classement, leur rangement dans la salle des Archives de la Mairie, dont les étagères utilisaient toute la hauteur du local, soit 5,90 mètres ! " Deux kilomètres de rayonnage " traduit-elle avec humour. 80% de ces archives sont en flamand. - " Vous parlez le flamand ? " - " Non, mais je le comprends pour avoir entendu mes parents le parler. Et il a bien fallu que je l’apprenne pour en déchiffrer les différentes calligraphies. " De la bibliothèque au Musée : une incessante activité Titularisée archiviste-bibliothécaire en 1952, c’est à la bibliothèque ancienne de Bergues que Thérèse Vergriete va consacrer ses soins compétents : elle secoue la poussière, plus que séculaire, qui recouvre la splendeur de ces ouvrages inestimables, en fait restaurer les plus anciens et les plus beaux, pour les présenter au public dans l’une des salles de l’Hôtel de Ville. En 1955, elle est à l’initiative de la création de la bibliothèque municipale de prêt et sa plus grande joie est d’avoir, au fil des années, vu prospérer son oeuvre. " Nous avons commencé avec 300 livres et 40 lecteurs. En 1981, lorsque j’ai " passé la main ", nous en étions à près de 9000 volumes pour 320 lecteurs ! " Mais son activité inlassable ne s’arrête pas là. Il y a le Musée dont s’honore aussi Bergues, et à juste titre, avec ses Bruegel, Van Dyck, Rubens, de la Tour ... En 1955, elle accepte la charge de conservateur du Musée et c’est alors que la Mucipalité en transfère les collections (alors installées provisoirement au Salon Doré de la Mairie) dans l’élégant Mont-de-Piété. Et si l’on peut y admirer aujourd’hui le fameux " Vielleur au Chien ", chef d’oeuvre mondialement connu de Georges de la Tour, c’est grâce aux soins attentifs que Thérèse Vergriete lui a apportés pour sa conservation pendant de longues années. Et que dire des 1430 dessins de la collection Verlinde qu’elle a inventoriés, des 34 tableaux restaurés grâce à elle et des 41 expositions qu’elle a organisées, mettant ainsi au grand jour les richesses insoupçonnées du patrimoine culturel berguois... Mais ce dont elle est peut-être le plus fière, c’est d’avoir eu l’idée de ces journées amicales des Conservateurs du Nord de la France et de Belgique, organisées tous les ans à Bergues, et qui étaient l’occasion, au moyen d’expositions temporaires et de communications savantes, d’une véritable collaboration trans-frontalière très enrichissante. Autres travaux d’Hercule : la traduction et la transcription des registres paroissiaux, des états de biens ou encore des livres de compte de la Châtellenie de Bergues depuis le 16ème siècle ... labeur incessant qu’elle continue à mener depuis qu’elle a pris sa retraite (bien active !) il y a près de 20 ans ! " J’ai été encouragée par tous ceux qui viennent consulter ces archives. On s’intéresse en effet de plus en plus à la généalogie aujourd’hui, les nouveaux retraités notamment à la recherche de leurs origines familiales ". N’a-t-elle pas retrouvé son propre ancêtre, en remontant à la 10ème génération ? Un certain Gerardus Van der Grieten, laboureur de son état à Volckerinckhove, né vers 1550 ... " Et puis, qu’il est intéressant de suivre l’évolution d’une société : Bergues a été jusqu’à la Révolution une ville de notables cultivés. Il y avait des cercles intellectuels et des sociétés de rhétorique. L’abbaye avait une influence considérable, le collège des Jésuites aussi. On trouve trace de tout cela ici ! ". Message de sagesse et d’optimisme Face à cet impressionnant bilan, Thérèse Vergriete qui " n’avait jamais pensé vivre aussi vieille " (sic) professe une sagesse puisée à la fois dans ses convictions chrétiennes et au contact de ce passé qu’elle n’a cessé de ressusciter. " Le passé, ce n’est pas une valeur morte ; il aide à vivre l’avenir. La tradition, c’est l’appui pour le monde en marche. Repartir à zéro, ça n’existe pas : on est toujours tributaire des valeurs ancestrales ". Alors, son message aux jeunes générations ? Elle l’exprime drôlement dans cette formule qui ferait la joie des publicitaires dont elle n’a cure : " Je roule pour vous ! " .... Comment voit-elle le futur ? " Je plains les jeunes, car il est difficile de leur donner la foi dans l’avenir quand notre société bat en brèche les valeurs morales. Ils sont souvent mal danseur peau parce qu’ils n’ont plus de boussole ",déplore-t-elle. Elle ne désespère pas pour autant de l’avenir, celui de l’Europe qui va effacer les frontières, notamment celle toute proche qui a " coupé un peuple en deux ". L’ancienne vice-présidente du Comité Flamand espère que Flamands de France et de Belgique vont retrouver une osmose profonde. Et puis, plus encore, elle a foi dans l’Homme en raison précisément de sa foi en Dieu. Comment ne pas être impressionné par la sérénité et l’optimisme fondamental de cette femme hors du commun, quand au fil de la conversation, mine de rien, sa culture prodigieuse et son ouverture d’esprit nous plongent d’étonnement en étonnement ... Et pourtant, d’apparence si simple et discrète, elle se demande ce que vous allez bien pouvoir raconter sur elle ! ** " Un ami Berguois, confie-t-elle, vient de me faire un cadeau très touchant : il m’a apporté une ancienne ardoise de la toiture du musée, actuellement en réfection, et il me l’a offerte en signe de gratitude. C’est pour moi le plus beau présent ! " Quelle modestie ! -" Que n’écrivez-vous vos mémoires ? " - " J’ai contribué à la connaissance de l’Histoire (avec un grand H) de Bergues. Les " petites histoires " vous savez ... murmure-t-elle en clignant de l’oeil. " Je sais tant de choses ... mais la parole est d’argent, le silence est d’or ... " Le secret de cette inaltérable joie de vivre ? " Chaque matin, je me dis : ce jour est un cadeau du Bon Dieu : c’est la fête qui commence ! "
Article rédigé en juin 1999 pour l'Echo du Beffroi par Me Daniel Delemazure
* Mlle Thérèse Vergriete s’est éteinte à l’age de 96 ans le 21 septembre 2008, dimanche des journées du Patrimoine. ** Mlle Vergriete est Officier des Palmes Académiques, Chevalier de la Couronne de Belgique, des Arts et Lettres Français et de l’Ordre National du Mérite.
Les archives de Bergues 26 tonnes de papier ! 7000 registres ou liasses aujourd’hui recensées par Mlle Vergriete dans un gros in-folio de 479 pages manuscrites. Qui le souhaite peut repérer, avec facilité et précision, le ou les documents qu’il cherche dans ce fonds qui est le plus important de la Région du Nord après Lille et Valenciennes. Le plus ancien registre de partage de biens de la Châtellenie de Bergues remonte à 1412. Le recensement de 1686 nous apprend que Bergues comptait, à cette époque, 4100 âmes pour 801 feux ... La bibliothèque ancienne La Ville de Bergues possède une bibliothèque ancienne d’une valeur inestimable : 72 manuscrits, dont le plus ancien date du 12ème siècle, 12 incunables (imprimés avant 1500), ainsi appelés parce qu’ils sont les " premiers nés " de l’imprimerie, et les 6000 volumes de la bibliothèque de l’ancienne Abbaye de Saint-Winoc.
Mise à jour :
dimanche 15 janvier 2012 |